Actualités
14 avril 2017

UNE FEMME SUR LA ROUTE DE LA SOIE – EPISODE 7

Une femme sur la route de la soie pour les innovations autour de l’eau. Découvrez la suite des aventures de Christine Bernabeu, ambassadrice de l’association, les Femmes de l’économie – Le Club, en Centre Val de Loire, partie sur la route de la soie afin d’explorer la place de la femme dans l’innovation et du rôle que joue l’eau pour cette dernière. Si vous avez raté l’épisode précédent, c’est par ici !

Bonjour, nous sommes toujours dans ce pays si attirant : l’Azerbaïdjan.
Terre de Feu, Terre de Zoroastre, autrement nommé Zarathoustra.
AzerbaïdjanToujours à la recherche d’eau, au Vème siècle avant JC, les Perses avancent jusqu’en Macédoine, leur empire s’étend de l’Inde à la mer Egée. Ils pratiquaient le monothéisme, le Zoroastrisme. L’une des religions les plus anciennes. Zoroastre, réformateur du Mazdéisme serait né en Ouzbékistan en – 1000 av J.C. Je vous encourage mon cher ami, à vous intéresser au Zoroastrisme qui compte encore aujourd’hui environ 200 000 adeptes, principalement en Inde, mais aussi en Iran, au Kurdistan, en Amérique du Nord. L’enseignement de Zoroastre : « Ne ratez jamais une occasion de faire une bonne action. L’art de prier est de ne jamais prier pour soi-même mais toujours pour son prochain. Soyez joyeux, riez autant que possible. Le rire est le meilleur médicament ». La formule est simple et de bon sens n’est-ce pas ? Le feu de la sagesse éternelle d’Ahura Mazda, le Dieu absolu, ne s’est ici jamais éteint. Le gaz et le pétrole sont à fleur de sol. Durant l’antiquité, les romains soucieux de leur santé se baignaient ici dans des lacs de pétrole. A Yanar Dag non loin de Bakou sur la péninsule d’absheron, la montagne brûle, les pierres s’enflamment.
Au sud de la capitale à Gobustan, des volcans de boue éruptent et sculptent encore les paysages comme aux premiers instants de notre planète. Il vous faudra un bon guide pour vous conduire à travers des terrains arides sur une route de pierres pour enfin arriver dans un décor lunaire. Si ici le gaz et le pétrole continuent à sculpter le paysage, un peu plus loin, dans un site magnifique, entre des éboulements de roches vieilles de plusieurs millénaires et la mer qui se confond avec le bleu horizon, c’est l’homme qui laissa un témoignage de 40 000 ans d’art rupestre, de vestiges de grottes habitées, de techniques de récupération d’eau de pluie, mais aussi plus récentes des traces de l’occupation par les légions romaines, et des sites funéraires du moyen-âge. Comme pour fêter mon émerveillement, Fahig prend deux pierres et en frappe un rocher qui se met alors à chanter. C’est entre le tamtam et les tambours du Bronx. Instrument de musique, ou de communication, la chose est surprenante d’efficacité.
Je m’attarde dans ce musée en plein air où sont exposés des pétroglyphes, gravures de chasseurs, de danseurs, d’animaux, scènes de chasse, de soleil etc. Les dessins des pirogues me fascinent, mais le sujet qui retiendra mon attention et de loin, les femmes. Elles sont représentée uniquement par leur buste, déshumanisée, parce qu’elles étaient considérées comme des personnages saints. Assise près d’un bénitier, un trou creusé dans la roche, qui servait à récupérer l’eau de la pluie, je regarde ces graminées sauvages qui dansent avec le vent quand soudain mon oeil est attiré par un étrange réseau de crevasses. Fahig m’explique qu’il s’agit des premières canalisations d’eau. L’innovation en ce temps-là répondait à l’instinct de survie, et n’engageait pas le pronostic vital de notre planète.
Les Zoroastriens, adoraient le feu, vous comprenez alors pourquoi ils ont découvert ici leur terre promise. Il est toujours interdit aux non-zoroastriens de pénétrer dans un « Temple du Feu ». Cette religion préislamique ne compterait plus aucun adepte en Azerbaïdjan, c’est peut-être pour cela que le temple Ateshgah, construit au IIè siècle restauré au XVIIè siècle par des marchands indiens se visite aujourd’hui. Encore que. Nous arrivons trop tard pour jouer aux touristes. Le gardien bloque l’entrée. Mais à force de lui expliquer qu’une ou deux photos me suffiraient, généreusement il accepte de me laisser pénétrer dans le temple, c’est juste ce que je voulais. Alors que mon jeune ami me raconte que Marco polo aurait eu lui la chance de séjourner ici, je pense à Claudius Bombarnac et à son voyage transcaspien. Comme lui, je me dis que je ne pourrais pas tout voir de ce pays parce que le temps me manque, et me manquera hélas trop souvent. Le temple est encore aujourd’hui un lieu de pèlerinage pour les zoroastriens. Une atmosphère sensible invite à la méditation. Autour d’un autel central, les cellules des prêtres et le caravansérail sont clos. Par des cheminées creusées à même le sol, le feu brûlait en permanence. Depuis longtemps il s’est éteint, le gaz s’est épuisé, les adorateurs ont fui.

Regardons la capitale Bakou, comme disait Jules Verne dans Michel Strogoff, « le pays de l’huile », et j’ajouterais bien volontiers celui des innovations.
Image d’Epinal, s’il en est, que celle de l’alignement des têtes de puits de pétrole à Bakou. C’est à la fin du XIXème siècle en pleine révolution industrielle que le pétrole deviendra l’énergie de base, que la ruée vers l’or sera détrônée par celle du pétrole. Avec la découverte Belge du moteur à explosion et avec l’industrie automobile en pleine expansion, les gisements de Bakou, les plus riches de l’époque, deviennent le centre de tous les intérêts. Les techniciens, les scientifiques et les chercheurs s’associent à la découverte de nouvelles techniques d’extraction. Je veux là faire référence aux frères Lumière, d’abord pour me rappeler que je suis partie de Lyon, et qu’en préparant mon voyage j’ai eu l’occasion de visiter avec mon amie Chantal Sartorio, le musée des confluences où j’ai appris le sens vrai du mot innovation et où j’ai pu visionner ce film des frères Lumières « Bakou puits de pétrole en feu le 6 août 1899 ». Au commencement, récolté dans des outres de peau de chèvre transportées à dos d’ânes, transféré dans des fûts de bois chargés sur des bateaux, le pétrole était livré de Bakou à St Pétersbourg via la Volga.
Si nous connaissons le fameux Suédois, Alfred Nobel, fabricant d’armes, inventeur de la dynamite, nous connaissons un peu moins les deux frères Robert et Ludwig Nobel. Eux aussi fabricants d’armes. Ludwig missionne son frère en Azerbaïdjan pour l’achat de « Bois de fer ». Le voyage sera un échec total. Mais Robert est partisan de cette philosophie à la mode au XIXe, le Saint Simonisme, c’est un progressiste, alors il écoute les voix de Bakou, et il achète avant de rentrer en Suède, des terres pétrolifères dans la péninsule d’Absheron. Pionnière, l’entreprise Nobel à Bakou va produire la moitié du pétrole mondial. Cette réussite est le fruit de nombreuses innovations dans l’extraction et le transport du précieux liquide. S’ils importent les derricks, les têtes de puits et « de cheval », ils inventent le wagon-citerne, le tanker, et construisent les premiers oléoducs. Les Nobels n’ont pas été les seuls, plusieurs familles d’Azerbaïdjan, d’origine modeste, ont cru au progrès, ont investi dans la recherche, dans les innovations, et sont devenues richissimes.
Fidèles à leur philosophie, elles ont construit le Bakou du XIXe : des hôpitaux, des immeubles, des écoles, des palais à l’architecture européenne. Venise influencera la construction du palais Ismayliya, alors que Paris donnera aux palais des mariages son style gothique. Ces magnats ont aménagé le front de mer, doté la ville du premier circuit d’alimentation en eau potable qui livre encore une eau de très bonne qualité sans traitement, de la première école pour filles, du premier journal municipal, du premier théâtre, d’un tramway à roues et à skis, d’une usine de textile, du premier centre commercial. Que de première fois, que d’énergie, combien de confiance en l’avenir fallait-il ? Serez-vous surpris si je vous annonce que la plupart d’entre eux sont morts dans une extrême pauvreté, victimes des terribles répressions bolchéviques de 1920. On pouvait se demander à ce moment-là ce qu’allait devenir cette capitale des plus cosmopolites, des plus riches et modernes au monde ? En 1924 émerge l’île n°71, joli nom n’est-ce pas pour une île qui n’est autre qu’une gigantesque ville off-shore. Après la seconde guerre mondiale c’est au tour des « pierres de pétrole » ou Neftyanye Kamni de sortir de l’eau. Cette ville off-shore interdite à toute visite, ou visitable sur demande administrative ce qui revient au même il faut en convenir, mais la nuance est à retenir, fut bâtie en pleine mer Caspienne au large de Bakou avec les premiers forages à seulement 5 mètres de profondeurs qui depuis 1991 ont dépassé les grandes profondeurs. Les témoins me disent que non seulement cette île artificielle a été construite avec une technologie soviétique qui date des années 40, mais surtout elle est ravagée par un fléau qui sévit dans toutes les républiques de l’ex-URSS: un manque total d’entretien qui fait de toutes ces installations un véritable cimetière industriel. Ce n’est que récemment qu’on a commencé à moderniser l’équipement de forage off-shore. Le brut étant abondant et bon marché, les soviétiques ne se sont jamais préoccupés de ce qui s’échappait par les fuites. La mer caspienne est extrêmement polluée dans un rayon de 20 km autour des installations de l’île. Vous me connaissez assez mon cher pour savoir que je n’avais pas fait autant de kilomètres pour me satisfaire de témoignages, je ne veux laisser aucune place à mon imagination, je veux voir d’autres installations, si celles en mer ne sont pas accessibles j’irai sur terre. Au Nord, au Sud, à l’Est comme à l’Ouest partout des champs de derricks.
Christine BERNABEU