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13 novembre 2018

Discriminations sexistes à l’embauche : « ce n’est pas aux femmes de culpabiliser de ne pas y arriver, mais aux employeurs de respecter la loi »

A compétences et qualifications égales, une femme candidate à un emploi dit « masculinisé » a 22% de chance de moins qu’un homme de décrocher un entretien d’embauche. Ce chiffre atteint ​jusqu’à 34.2 % pour le métier de chauffeur-livreur.

C’est ce qui ressort d’un testing réalisé par la Fondation des Femmes et rendu public à l’occasion de la journée dédiée aux inégalités salariales, lundi 5 novembre dernier.

Si les inégalités de revenu entre femmes et hommes persistent, c’est en partie parce que celles-ci sont cantonnées dans quelques métiers, peu valorisés financièrement. Mais que se passe-t-il lorsque les femmes osent aller vers des secteurs masculinisés?

2 CANDIDATS FICTIFS A L’ŒUVRE POUR DÉNONCER LES DISCRIMINATIONS A L’EMBAUCHE

Plus de 900 CVs factices ont été diffusés en région Ile-de-France sur une période de 6 mois, en réponse à des offres pour des emplois de jardinier.e, chauffeur livreur ou mécanicien.ne.

Pour chaque offre d’emploi, deux CVs identiques, à l’exception du nom, des coordonnées et de la mise en page, ont été envoyés : l’un pour Julie, et l’autre pour Thomas.

Afin d’éviter toute justification du type, “nous avons répondu seulement à ce candidat puisque son CV nous est parvenu en premier”, le CV de Julie a été systématiquement envoyé au moins un jour avant le CV de Thomas.

UN VERDICT SANS APPEL

Malgré leur âge, diplômes et expériences professionnelles identiques, Thomas a été recontacté en vue d’un entretien par 168 entreprises ou collectivités, Julie a reçu quant à elle seulement 131 retours.

Il est souvent reproché aux femmes de ne pas se positionner sur ces métiers. Le testing met en évidence une réelle différence de traitement entre un candidat et une candidate pour l’envoi d’un CV similaire en réponse à une même offre. C’est clairement une barrière à l’intégration des femmes dans certains métiers.

Les résultats obtenus dans le cadre de ce testing mettent en avant la persistance de discriminations à l’embauche en raison du sexe.

Ces résultats ne représentent cependant que la partie émergée de l’iceberg. En effet, le testing n’a porté que sur la première étape du processus d’embauche : l’envoi d’un CV.

Les étapes d’entretien et de négociation de contrat n’ont pas été testées. Celles-ci auraient probablement mis en avant l’existence de nouvelles discriminations.

PROCHAINE ETAPE : LES POURSUITES JUDICIAIRES

La prochaine étape, pour la Fondation, consistera au lancement de poursuites judiciaires. En effet, la loi interdit de manière explicite la discrimination en raison du sexe aux articles L. 1132-1 et L.1142-1 du Code du Travail. L’article 225-1 du Code Pénal dispose également que toute discrimination en raison du sexe est interdite.

Lorsqu’elle consiste à refuser d’embaucher une personne, la discrimination en raison du sexe est punie de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende.

Pour Anne-Cécile Mailfert, Présidente de la Fondation des Femmes : « Ce testing montre que ce n’est pas aux femmes de culpabiliser de ne pas y arriver, mais aux employeurs de respecter la loi. Nous lançons un appel à témoins pour d’éventuelles poursuites judiciaires, parallèlement à l’organisation de sessions de sensibilisations. Les femmes ont assez entendu de grands discours sur l’égalité, il faut que les choses changent dans la réalité ! »

Téléchargez le rapport complet Testing sur les discriminations à l’embauche