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8 juin 2016

Les femmes de l’Executive Education – Interview croisée

HEC

Partenaire des Trophées « Les Femmes de l’économie », HEC Paris met un point d’honneur à valoriser les hauts potentiels féminins à travers ses programmes diplômants en formation continue. Pour en savoir plus, deux femmes aux parcours émérites : Nathalie Lugagne, directeur délégué de l’Executive Education & Inge Kekloh-Devif, directeur du développement de l’activité Executive Education à l’international, ont accepté de partager leur vision de HEC Paris et des engagements mis en œuvre afin de porter les valeurs de la parité.

  • Quel a été votre parcours et quelles sont aujourd’hui vos missions et responsabilités au sein de HEC Paris ?

Nathalie Lugagne : Ancienne de la Grande Ecole, j’ai commencé ma carrière dans le secteur industriel en France, puis dans l’audit-contrôle de gestion, enfin j’ai souhaité revenir dans le domaine de l’éducation car je suis profondément passionnée par l’Enseignement Supérieur. J’ai donc fait un doctorat et depuis, j’ai toujours travaillé au sein de l’environnement HEC et dans d’autres universités ailleurs dans le monde. Je suis aujourd’hui Directeur Délégué de l’Executive Education depuis 6 mois, la formation continue au service des managers, des dirigeants qui travaillent en entreprises ou ailleurs, dans le monde entier.

Inge Kerkloh-Devif : Allemande d’origine, j’ai suivi des études supérieures en Allemagne et j’ai commencé ma carrière dans l’industrie pharmaceutique, à des postes de marketing stratégique et ensuite de Business Development, Direction de filiales à l’étranger, Direction de Business Unit, une carrière relativement classique pendant presque 13 ans. Ensuite, la passion de l’Education m’a fait changer de secteur et j’ai commencé il y a maintenant un peu plus de 5 ans à travailler dans l’Enseignement Supérieur, tout d’abord en dirigeant la formation continue de Sciences Po Paris et depuis 2 ans et demi à HEC Paris, où je dirige le développement de l’activité Executive Education dans le monde.

  • Pourquoi avoir choisi HEC Paris pour mener votre carrière?

Nathalie Lugagne : J’avais le choix de revenir à l’Université, mais l’aspect international, composante inhérente à HEC Paris m’a conquis. Nous sommes réellement en avance sur ce critère en comparaison à d’autres Business School. Je trouve également très intéressante cette double approche, à la fois académique et entrepreneuriale. Enfin, il y a aussi une affinité par rapport à mon « alma mater », j’avais envie de redonner ce que j’ai reçu à HEC.

Inge Kerkloh-Devif : Je suis diplômée de HEC Paris également en Executive Education. Le caractère international de HEC m’a énormément intéressé par rapport à ma carrière et à mon profil. C’est également cette proximité entre entreprise et académie avec un ADN entrepreneurial très fort qui m’a poussé à faire mon choix. L’excellence et ce regard prospectif sur le management, l’innovation, la transformation digitale et les entreprises de demain sont des éléments qui m’intéressent tout particulièrement.

  • Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’égalité femmes/hommes au sein du monde économique ?

Nathalie Lugagne : Le baromètre Viavoice – HEC – Le Figaro paru en mars 2016 a démontré que le point très important lorsque l’on veut opérer des changements est la prise de conscience. Il y a aujourd’hui dans les générations actuelles une vraie prise de conscience qu’il subsiste des inégalités, notamment au niveau des salaires et des évolutions de carrières au sein des entreprises, entre hommes et femmes. Cette prise de conscience est importante. Après, des mesures ont été prises aussi bien par le gouvernement que par les entreprises pour permettre de réduire ces inégalités.

Ce qui apparaît dans ce baromètre, c’est tout d’abord que, pour les cadres, les efforts ne sont pas encore suffisants. Souvent, c’est un peu de la communication, on fait les choses parce qu’il faut les faire mais ce n’est pas réellement approfondi. D’autre part, il y a un décalage entre ce que ressentent les femmes et les hommes. Souvent, les femmes sentent plus profondément qu’il faut faire des efforts supplémentaires.

Personnellement je pense que le fait d’imposer des contraintes, de donner des objectifs est important mais ce qui compte surtout est l’évolution des mentalités et cela se fait dans la durée. Mais il est déjà fondamental de prendre conscience qu’il y a des différences essentielles. D’autre part, il faut agir au niveau des jeunes générations, les motiver, leur donner des rôles modèles en incitant les femmes à aller plus loin dans leurs carrières, pour que ces inégalités disparaissent.

  • Que mettez-vous en œuvre au sein de HEC Paris pour faire bouger les mentalités, promouvoir la parité et porter les hauts potentiels féminins ?

Inge Kerkloh-Devif : On met en œuvre de multiples actions au sein de HEC Paris : encourager cette prise de conscience est la première chose. On constate, lorsque l’on discute avec les jeunes diplômés, que les jeunes filles ne perçoivent pas encore les difficultés concernant la place de la femme dans la sphère économique.

Lorsqu’on les retrouve quelques années plus tard dans notre réseau d’Alumni et notamment au sein de HEC au féminin, avec 15 ans de carrière professionnelle à leur actif, elles ont alors commencé à s’attaquer au plafond de verre. C’est également l’âge auquel elles arrivent en Executive Education, et nous nous employons dès lors à les encourager à faire le même chemin de carrière que les hommes.

Quand on voit la façon dont nos EMBA accélèrent la carrière et facilitent la prise de responsabilités, cela nous donne envie d’encourager les femmes à « apprendre à oser » et à intégrer ces programmes qui les aideront à intégrer des postes à hautes responsabilités. A l’heure actuelle, elles ne représentent que 35% en moyenne de notre effectif global.

D’ailleurs, nous soutenons aujourd’hui « les Femmes de l’économie » pour encourager cette prise de conscience, apprendre aux femmes à se lancer, les encourager à faire les bons choix.

HEC Paris développe également beaucoup l’entreprenariat au féminin, c’est quelque chose qui peut très bien se mettre en place, même à l’international avec des mentorats, pour que les femmes à la réussite exemplaire puissent transmettre leurs valeurs aux plus jeunes.

  • Vous possédez toutes deux un profil international, percevez-vous des éléments à l’étranger dont la France peut s’inspirer pour favoriser la place de la femme dans l’économie ?

Nathalie Lugagne : C’est très différent d’un pays à l’autre en raison des composantes locales, culturelles ou religieuses. Par exemple au Japon, le gouvernement a mis en place un programme pour développer les carrières des jeunes filles dans les filières scientifiques, dès le cycle élémentaire. C’est quelque chose que l’on ne retrouve pas en France, où les femmes représentent seulement 25% des effectifs dans le milieu scientifique.

Inge Kerkloh-Devif : En Chine, où HEC Paris est présent, on voit que l’éducation est poussée dès le début de la même façon pour les filles que pour les garçons. La carrière se poursuit de manière similaire et surtout, les femmes continuent à se former tout au long de leur vie, elles rencontrent ainsi finalement moins d’obstacles dans leur parcours professionnel.

Un dernier exemple à l’international : notre campus Executive Education situé au Qatar au Moyen-Orient, rassemble 50% de femmes dans certains de nos programmes diplômants. C’est le double de nos effectifs en France !

  • Pensez-vous que la parité soit un facteur de performance pour les entreprises ?

Nathalie Lugagne : C’est prouvé ! Des recherches montrent que les entreprises où la parité est la plus forte ont une meilleure performance. Je crois beaucoup à l’équilibre et à la complémentarité, la diversité est un facteur de développement de la performance. A tous les niveaux hiérarchiques.

Inge Kekloh-Devif : Des travaux de recherches menés ces dernières années montrent effectivement l’impact de la performance, même financière, par rapport à la mixité. Une corrélation entre le taux de femmes employées et l’augmentation du PIB a été récemment mise en lumière.

Nathalie Lugagne : Au-delà de ces impacts, on remarque dans certains domaines un manque de talents. Le fait de donner accès à des profils de tout horizon, permet en un sens de développer l’ensemble des talents au service de l’économie. Nous comptons d’ailleurs beaucoup sur notre partenariat avec « les Femmes de l’économie » pour développer toutes pistes d’actions possibles avec les femmes membres de la communauté !