Actualités
17 mars 2016

Geneviève Maillet : Les « Femmes de l’économie sont des avocates de l’économie » – Entretien avec notre marraine Paca & Monaco 2016

En tant que Marraine des Trophées des Femmes de l’économie PACA & Monaco 2016, Geneviève Maillet, avocate de profession et 1ère femme élue bâtonnier du Barreau de Marseille, a accepté de répondre à nos questions.

Geneviève MAILLET
  • Quelles ont été les grandes étapes de votre carrière ?

Spécialisée en droit des affaires et de la concurrence, j’ai prêté serment en 1983. En 1986, j’ai été désignée 1ère lauréate de la Conférence du Jeune Barreau, qui est un concours d’éloquence. J’ai également obtenu le prix de la francophonie, sur le thème « Dessine-moi un mouton ou comment illustrer la loi de 1989 sur les droits de l’enfant » et aussi exercé deux mandats au sein du Conseil de l’Ordre. En 2012, j’ai été décorée des insignes de Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur. Enfin, j’ai été élue bâtonnier du Barreau de Marseille, le 9 novembre dernier.

  • ​Quelles valeurs et compétences vous semblent fondamentales pour exercer la fonction de bâtonnier ? 

Cela fait 20 ans que la 1ère femme a été élue bâtonnier au Barreau de Paris, mon élection n’est donc pas une révolution. Je m’étais d’ailleurs présentée une 1ère fois il y a deux ans et j’avais perdu. En 2015, je me suis représentée et j’ai obtenu une majorité de voix, la différence tient dans la persévérance et c’est ce que l’on attend d’un avocat !

  • ​Quel constat faites-vous de la mixité au sein du Barreau de Marseille ?

Il y a 53% d’avocates au Barreau de Marseille. Pour moi, l’avocat n’a pas de sexe, c’est presque un adjectif qualificatif : je pense que l’on est avocat au fond de soi dès la naissance. A titre d’exemple, les « Femmes de l’économie » sont à mon sens des avocates de l’économie. Elles défendent ses valeurs. Personnellement, l’envie de devenir avocate m’est venue avec l’image de Gandhi, assis en tailleur au milieu d’une rue. À ce moment je me suis dit : voilà la force de la non-violence et celle de la force du droit, car s’il n’y a pas de droit, ce n est pas le plus fort mais le plus violent qui l’emporte. Je pense que l’actualité nous en fait une démonstration tragique à ce sujet, donc le droit est pour moi un symbole de vie en société.

  • ​Les professions libérales, bien que de plus en plus investies par les femmes, tardent à leur faire une place dans les hautes instances. Qu’est ce qui explique selon vous ce phénomène du « plafond de verre » ?

On ne se rend pas compte du plafond de verre tant que l’on n’y est pas confronté. C’est une prise de conscience qui a été plutôt tardive en ce qui me concerne, car dans l’entrepreneuriat comme dans les professions libérales, on n’a assez peu de hiérarchie, on se sent davantage à égalité dans l’action que dans des structures davantage hiérarchisées. On met sans doute plus de temps, et c’est un bien, à mesurer que certains vous regardent différemment. Je crois que l’idéal est -sans le nier – de faire comme si l’on ne s’en rendait pas compte et de tracer sa route. En ce qui me concerne, je considère que je traverse le plafond de verre toutes les fois où je remporte un dossier. À chaque fois j’y perçois un challenge et je me demande : vais-je crever un nouveau plafond de verre? L’avantage dans ces types d activité comme l’entreprise ou l’artisanat est que malgré la difficulté l’on peut toujours rebondir.

Il existe dans nos activités une forme de neutralité intéressante :

Voyez en ce qui concerne les médecins, c’est la spécialité ou la renommée qui est l’élément de référence car qui se préoccupe aux portes de la mort de savoir si notre docteur est un homme ou une femme !

  • Quels sont selon vous les ingrédients essentiels pour réussir, et particulièrement en tant que femme ?

La persévérance, le courage et les bonnes rencontres. Il existe des gens bienveillants, il suffit de croiser leur chemin.

  • En tant que marraine de l’édition PACA  2016 des Trophées des Femmes de l’économie, vous êtes un vrai modèle d’exemplarité pour nos candidates. Quel message souhaiteriez-vous leur transmettre ?

Marraine n’est pas un mot anodin. C est l’étranger à la famille de qui l’on accepte qu’il veille sur les siens.

Dans les contes traditionnels, la marraine se penche sur le berceau pour apporter des dons, je ne sais pas quel don je peux offrir mais en tout cas je me penche sur le berceau des « Femmes de l’économie », avec mon bâton de bâtonnier faisant office de « baguette magique ! »

Lorsque l’on a une marraine, on possède un élément de référence et une réciprocité dans la relation. La marraine vient apporter ses bienfaits et on est heureux de la surpasser.

Il y a un véritable échange, ce qui est très important chez les femmes qui ont vraiment le sens de cet échange ; elles ne sont pas dans la violence de la guerre pour conquérir mais dans l’art du partage. En me penchant sur le berceau des « Femmes de l’économie », je sais que vous porterez un regard bienveillant sur moi et que l’on aura une double énergie : la mienne et la vôtre.

Pour la parenthèse, ma marraine de baptême a été la première à entrer au sein de la Chambre de Commerce de Marseille. C’est une femme qui a toujours agi pour le collectif et qui a créée METIERAMA, pour les jeunes.

Si j’avais à choisir une citation, ce serait celle de Gainsbourg : « je connais mes limites, c’est pourquoi je vais au-delà ». Les « Femmes de l’économie » n’ont pas de limites, pas même l’économie des moyens !

Les mots pour conclure :

Je pense que l’économie est un état d’esprit. Pascal parlait de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. Camus disait : « il se passe quelque chose dans le monde pour lequel je ne peux rien, il se passe devant ma porte des choses pour lesquelles je peux quelque chose ». Parfois, en trouvant des solutions pour le quotidien et pour recréer des liens et des conditions de proximité, on arrive à des dynamiques économiques, qui ensuite rebondissent et se répercutent à grande échelle. L’action des « Femmes de l’économie » est un vrai relai d’échelle, voilà pourquoi j’ai souhaité devenir marraine, ce relai de confiance est comme un collier de perles, chaque perle est déjà un travail en soi mais c’est toujours admirable d’en observer le lien entre elles et leur harmonieuse coordination.