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Une femme en train de prendre la parole en réunion

Catherine Pourquier, Burgundy School of Business et Jacques Igalens, Université Toulouse 1 Capitole

En France, depuis 2011, la loi Copé-Zimmermann relative à la féminisation des conseils d’administration et des conseils de surveillance impose 40 % de femmes au sein de ces conseils pour les entreprises de plus de 500 salariés et de plus de 50 millions de chiffre d’affaires. Selon le Baromètre de la diversité dans les conseils d’administration publié en 2019, toutes les sociétés ont aujourd’hui atteint le seuil de 40 % exigé par la loi Copé-Zimmerman, et pour 30 % d’entre elles, la part des femmes est entre 50 % et 60 %.

On y apprend également que les profils des hommes et des femmes dans les conseils d’administration se ressemblent de plus en plus, notamment en termes de qualification et de parcours professionnels. Mais au-delà de cela, est-ce que les femmes apportent une dimension nouvelle dans les conseils d’administration au regard de l’éthique et du leadership ?

« Féminisation des conseils d’administration : où en est-on vraiment ? » avec I.Allemand et B.Brullebaut (Xerfi Canal, juillet 2018).

Comportement et éthique des femmes

La recherche a montré qu’en période de croissance, les entreprises qui ont le plus de femmes dans les instances dirigeantes sont pénalisées, alors que ce serait l’inverse en période de crise.

L’explication tiendrait à une aversion au risque plus importante des femmes par rapport aux hommes, comme l’a souligné Michel Ferrary, professeur de management des ressources humaines à l’Université de Genève :

« En période de crise, face à l’incertitude que représente l’avenir, les marchés financiers prêtent une attention plus grande aux performances réalisées. Ceci les conduit à investir dans des entreprises plus rentables et pour lesquelles les fondamentaux sont plus stables. Or ces entreprises se trouvent être les plus féminisées. »

Si les femmes prennent moins de risques, cela peut-il être lié au fait qu’elles ont des standards éthiques internalisés plus fermes que les hommes ?

On s’est en effet déjà posé la question de savoir si les femmes ont en général un comportement plus éthique que les hommes. Il apparaît selon les recherches actuelles et notamment la théorie de l’identité sociale que les femmes ont tendance assez naturellement à s’identifier à des traits moraux tels que « juste », « honnête », « généreux » et « gentil ». Ce comportement plus éthique des femmes peut être cependant momentanément mis entre parenthèses en raison d’avantages financiers qui découragent la moralité des individus.

Ainsi, la théorie de l’identité sociale évoque l’idée personnelle qu’un individu se fait de la personne qu’il voudrait être. Elle renvoie directement à la question des valeurs et peut influencer la posture générale du cadre dirigeant en fonction de son sexe. Elle amène plus généralement à s’interroger sur la posture de leader.

Un leadership responsable au féminin ?

Le leadership responsable est un style de leadership émergent qui s’apparente à « un phénomène relationnel et éthique qui intervient dans des processus d’interaction avec ceux qui affectent ou sont affectés par le leadership et ont un intérêt dans le but et la vision de la relation de leadership ».

Cette posture de leadership se fonde sur une relation basée sur des valeurs et des principes éthiques solides entre les dirigeants et les parties prenantes, connectés à travers un sens et un but partagé qui leur permet de s’élever à des niveaux supérieurs de motivation et d’engagement.

Grâce à leur sens éthique plus prononcé que les hommes, les femmes auraient-elles une meilleure propension à exercer ce style de leadership ?

Nous montrons pour notre part que le leadership responsable suppose un alignement notamment entre les valeurs personnelles du leader et les valeurs de l’entreprise en termes de responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Cet alignement « peut être compris comme une forme de cohérence interne qui permet à l’organisation et aux individus d’aller ensemble dans une démarche de RSE à la fois structurée et vivante ».

Mécanisme d’alignement entre les valeurs personnelles du leader et les valeurs de l’entreprise dans la RSE. Catherine Pourquier et Jacques Igalens, Author provided

En s’appuyant sur la théorie de l’identité sociale, on peut se demander si les femmes ne porteraient pas plus naturellement les projets RSE dans l’entreprise. En effet, ces projets prennent en compte les dimensions environnementales et humaines qui sont au cœur de la représentation des valeurs « féminines » de notre société : protection, éducation, développement.

D’où l’importance de la présence des femmes dans les conseils d’administration. En vertu de la théorie du signal, des femmes en nombre suffisant dans les conseils envoient à toutes les femmes et notamment aux plus talentueuses de l’entreprise un signal selon lequel il n’existe pas de plafond de verre et qu’il est possible de « faire carrière » jusqu’au sommet.

Globalement, la présence féminine dans les conseils est favorable à la RSE. Certaines recherches observent même que le rapport de RSE (qui, en France, s’appelle depuis l’an dernier rapport de performance extrafinancière) est de meilleure qualité lorsque le conseil comprend au moins trois administratrices.

Ainsi l’alignement naturel des femmes avec les valeurs RSE leur permettrait de porter plus facilement ce type de projets et de contribuer de manière plus accrue aux changements sociétaux. Et il n’y a plus de doute aujourd’hui sur la nécessité de porter de tels projets, notamment au niveau environnemental.

Catherine Pourquier, Professeur de Conduite du Changement, Burgundy School of Business et Jacques Igalens, Professeur Sciences de Gestion, IAE Toulouse et CRM-CNRS, Université Toulouse 1 Capitole

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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