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En cette période de confinement, nous sommes allées prendre des nouvelles de nos anciennes lauréates. Cette semaine, direction Saint-Germain-au-Mont-D’or chez Sylvie Guinard (Lauréate nationale Femme chef d’entreprise 2016), Présidente de Thimonnier, leader mondial spécialisé dans la fabrication de machines d’emballage.

Comment se porte Thimonnier durant cette période de confinement ?

Nous sommes plutôt chanceux par rapport à certains confrères. Notre carnet de commandes était déjà bien rempli avant le début du confinement. Le planning a également joué en notre faveur puisque nous avions reçu beaucoup d’approvisionnement en février. Le mois de mars était donc surtout concentré sur l’assemblage des machines. On peut dire que Thimonnier vit cette crise en autarcie.

J’ai aussi l’immense avantage d’avoir une équipe très investie, avec qui nous travaillons en bonne intelligence. Au fur et à mesure, nous avons ajusté le fonctionnement des uns et des autres. En mode adaptatif et non subi, nous sommes parvenus à trouver une organisation dans laquelle chacun se sent en confiance et évolue le plus sereinement possible.

Avez-vous pris des initiatives particulières ces dernières semaines en termes de production ?

Etant très impliqués au niveau RSE, nous nous sommes dit que nous avions un rôle à jouer en cette période, en parallèle à notre activité économique classique.

Par exemple, nous avons réussi de manière collégiale à trouver une organisation de travail permettant de nous affranchir de l’utilisation de nos masques, afin de pouvoir les donner à ceux qui en ont impérativement besoin. Ainsi, au moment où le système de santé s’est retrouvé en besoin critique de matériel, nous avons pu faire don de l’intégralité de notre stock de masques initialement approvisionné pour mes équipes.

Nous avons également prêté main forte à un partenaire qui avait besoin de reconditionner en écorecharge du gel hydroalcoolique. En utilisant notre matériel d’essai, nous l’avons aidé à reconditionner 2000 litres de gel en sachets souples de cinq litres, deux litres et un litre, afin de faciliter sa redistribution.

Par la suite, nous nous sommes lancés dans la confection 3D de visières. Avec les équipes, nous avons testé un certain nombre de designs afin de sélectionner le plus ergonomique. J’ai ensuite lancé en cascade l’impression pour mes collaborateurs, mais également pour d’autres confrères à qui nous les vendons à prix coutant. Par exemple, nous avons approvisionné un centre médical, et là nous allons lancer la production pour livrer 80 visières à un centre social qui doit rouvrir le 11 mai prochain. 

Et dernièrement, un client spécialisé dans le tissage nous a contacté car il se posait la question de vouloir fabriquer des masques à grande échelle, ce qui supposait une réinvention complète de son outil industriel. Il s’est donc lancé dans la création d’un prototype de masque en 3D, validé par la DGA. N’étant pas équipé d’imprimante 3D, nous nous sommes chargés de l’impression à titre gracieux.

Ces gestes d’entraide, en fonction des capacités des uns et des autres, sont essentiels par les temps qui courent. Nous sommes solidaires dans l’industrie. On s’en sortira, ensemble !

Selon vous, à quel point le secteur de l’industrie sera-t-il impacté par les conséquences économiques du Covid-19 ?

Je pense que ça va être très compliqué. Il y aura des impacts monstrueux dans l’industrie, et malheureusement un certain nombre de confrères ne survivra pas à la crise. L’économie au sens large va conserver des stigmates profonds et pendant longtemps. Après, il y a deux façons de voir les choses :

Soit on est attentiste et on attend tout des autres, soit on réussit à prendre du recul pour réfléchir à comment préparer l’avenir, en gardant en tête que ce sera forcément différent du modèle passé. Comment faire pour être au rendez-vous demain, économiquement parlant ? Si on réussit à se poser les bonnes questions, on peut être en capacité de transformer beaucoup de choses, de manière intelligente et constructive.

Le monde ne s’est pas arrêté de tourner pour autant, mais on est tellement dans le brouillard qu’on ne sait pas de quel côté va arriver l’éclaircie. Cette période est tellement inattendue et bouleversante, qu’il peut tout se passer, en bien comme en mal. C’est peut-être aussi une belle opportunité pour essayer de faire bouger certaines lignes.

La crise que nous vivons ne serait-elle pas l’occasion d’ouvrir une réflexion sur le modèle actuel ?

Il est évident que la période est propice et qu’elle va accélérer les possibilités de mutations. Un exemple à ma petite échelle : jusqu’à présent chez Thimonnier, le télétravail était autorisé, mais de manière exceptionnelle. Aujourd’hui, un peu moins de la moitié des effectifs est en télétravail. Cette période nous aura fait avancer mes collaborateurs et moi-même dans cette réflexion de crainte/opportunité vis-à-vis de l’intégration du télétravail dans l’organisation de l’entreprise.

Beaucoup de choses vont se mettre en place. Après, percevra-t-on une réelle transformation en profondeur de l’attitude du consommateur ? Y’aura-t-il un changement opéré dans ses habitudes ? Je pense personnellement que rien ne sera visible à court terme. Néanmoins, des transformations qui commençaient à se dessiner vont s’accélérer, des discours portés hier seront plus facilement captés et compris par des générations plus réceptives.  

Du côté de l’INPI*, des actions spécifiques ont-elles été mises en place pour les déposants ?

Le gros avantage, c’est que l’INPI avait déjà entamé depuis plusieurs années sa transformation digitale, avec la dématérialisation de l’ensemble des dépôts et traitement de dossiers. De fait, nous n’avons pas du tout pâti du confinement et de la crise sanitaire. Aujourd’hui, l’ensemble des collaborateurs est en télétravail et les activités se poursuivent à la normale.

Nous sommes d’ailleurs revenus à ce jour à un taux de dépôt quasiment normale. Vis-à-vis de la propriété intellectuelle, il n’y a pas eu de blocage, tout est quasiment transparent pour les déposants. Je pense que cette période d’incertitude, et donc d’opportunité, peut susciter énormément d’innovation. C’est peut-être le moment d’en profiter !

*Sylvie Guinard a été nommée Présidente du Conseil d’Administration de l’Institut National de la Propriété Intellectuelle en octobre 2019.

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