Présidente du conseil de surveillance de l’éditeur de logiciels Talentia Software, ancienne Présidente de la Fédération Syntec, mais aussi Marraine nationale 2017 des Femmes de l’économie, Viviane Chaine-Ribeiro a toujours été en faveur de l’émancipation économique des femmes. C’est selon elle « à cette unique condition que les femmes deviennent libres du choix de leur vie ». Interview.

Les femmes entrepreneures ont été durement impactées par les conséquences économiques de la Covid-19. Quelles sont selon vous les pistes à suivre pour essayer de rebondir suite à cette crise ?

Les entrepreneurs en général ont été impactés par cette crise, et notamment les entrepreneurs à la tête de TPE, où la proportion de femmes est importante. Les femmes ont énormément souffert durant cette période, à devoir s’occuper de tout et jongler entre les devoirs des enfants, la maison à entretenir et leur travail. Même si les hommes contribuent de plus en plus aux tâches ménagères, tout a reposé sur les épaules des femmes durant le confinement.

Mais ces dernières ont beaucoup de résilience, c’est d’ailleurs l’une des principales caractéristiques féminines. Pour rebondir, les femmes doivent d’abord s’appuyer sur les aides gouvernementales. Certaines ont fait appel au PGE, ou autres aides dont celles destinées aux indépendants ou professions libérales.

Une bonne nouvelle va également être prochainement mise en œuvre : les charges sociales seront exonérées pour la période de mars à fin mai pour ceux dont l’activité a repris, même partiellement, le 11 mai. Les entreprises fermées pour raisons administratives ou bien présentant des pertes de plus de 50% de leur chiffre d’affaires bénéficieront de cette exonération de charges, et d’un crédit de 20% sur d’autres charges, qu’elles pourront utiliser par la suite. Cela représente une aide concrète et significative pour tous les entrepreneurs.

Enfin, l’après Covid-19 va induire une mutation dans l’organisation de certains métiers. Je pense que les femmes seront plus mobiles à trouver des solutions, dans les grands groupes comme dans les TPE, car elles sont extrêmement dynamiques mais elles risquent aussi d’être plus touchées par ces évolutions.

Cependant, le problème de répartition des tâches à la maison n’est pas pour autant résolu, et la double journée de travail que les femmes connaissent si bien n’est pas près de disparaître.

Pensez-vous que la période que nous traversons actuellement représente une réelle menace pour nos fragiles avancées en matière d’égalité femme-homme ?

Nous avons assisté à une triste augmentation des violences conjugales et familiales durant le confinement. Jusque dans les petites communes de France, il a fallu trouver des hébergements d’urgence pour les femmes.

Cette période représente véritablement une menace pour nos avancées, et nous avons d’ores et déjà reculé en matière d’égalité. Les progrès que nous avions faits ces dernières années sont en quelque sorte annulés. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’économie doit redémarrer au plus vite.

Quoi qu’on en dise, c’est l’indépendance économique qui favorise l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle rend les femmes libres de leur choix. En fin de compte, la période à laquelle nous allons faire face est une période de choix. Les femmes vont devoir plus que jamais choisir leurs priorités et nous devrons les aider.

Le confinement aura fait la part belle au télétravail dans les secteurs qui permettent sa mise en place. Quel est votre point de vue sur cet usage et quel avenir lui est voué dans les entreprises françaises ?

Etant adepte du télétravail, je suis convaincue que les entreprises doivent accélérer sa mise en place, en déployant des accords d’entreprises et des mesures, permettant aux salariés de télétravailler dans de bonnes conditions et en toute sérénité.

Il y a eu une réelle prise de conscience sur le fait que nous pouvons gérer des choses à distance. Il est donc certain qu’une réflexion va être menée dans toutes les entreprises. Ces dernières y voient d’ailleurs une nouvelle opportunité : gagner des m² d’immobilier.

Ceci étant dit, je pense que le télétravail ne peut pas être pérenne cinq jours sur cinq. De mon point de vue, il est essentiel de conserver un lien physique avec l’entreprise et ses collègues au moins un jour par semaine.

En tant que femme chef d’entreprise aguerrie, que conseillez-vous aux femmes qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat ? Le moment est-il bien propice, au vu du contexte actuel ?

Je pense que le moment est tout à fait propice. Dans une crise, il y a toujours des perdants, et donc de la place pour de nouveaux entrants. Dans certains secteurs, des entreprises ne vont pas réussir à se transformer. Pour cette raison, les fonds d’investissement, les CCI, les Conseils régionaux, les Mairies, vont plus que jamais soutenir les initiatives entrepreneuriales créatives et dynamiques.

Jusqu’ici, les entreprises étaient sous perfusion grâce aux aides de l’Etat, mais beaucoup de licenciements vont intervenir dans les 6 prochains mois. Le chômage va tellement augmenter que beaucoup de personnes n’auront pas d’autres choix que de se lancer dans l’entrepreneuriat. Les temps difficiles sont à venir, et dans les temps difficiles, il y a toujours des opportunités à saisir pour les gens audacieux et créatifs. Les femmes risquent d’être nombreuses parmi les victimes de licenciement. Beaucoup d’entre elles ont les qualités pour s’en sortir et entreprendre, puiser dans leurs propres ressources internes et oser saisir les opportunités.

Back