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30 octobre 2013

Claire Saddy : « L’entrepreneuriat féminin reste ultra minoritaire »

Claire Saddy est à la tête de l’association Rhône-Alpes Pionnières depuis 2010. Faisant partie d’un réseau de 18 sociétés de conseil et de formation en France et à l’étranger, cet incubateur féminin est installé du côté de Lyon. « Sa création résulte des constats des autres incubateurs régionaux : seulement 15 % des projets traités sont féminins et, globalement, les femmes ne représentent que 30 % de la création d’entreprise », affirme Claide Saddy, qui détaille l’action de son association ainsi que son point de vue sur l’entrepreneuriat féminin.

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Quel type de projet soutient Rhône-Alpes Pionnières ?

« Rhône-Alpes Pionnières soutient aussi bien les projets à dimension technologique, d’e-commerce et d’innovation sociale. L’accompagnement peut se faire à tous les stades de développement de l’entreprise. Pour autant, si le projet n’a pas d’âme supplémentaire, avec par exemple une valeur environnementale ou humanitaire, n’est ni innovant, ni générateur d’emplois, nous ne le suivons pas. L’exigence de création d’au moins trois emplois en trois ans nous semble capitale. Nous poussons de cette manière les femmes à être ambitieuses. Ainsi, actuellement, 23 entreprises bénéficient de notre accompagnement. »

Sous quelle forme se présente votre aide ?

« Sur le plan individuel, nous proposons de multiples rendez-vous avec un chargé d’accompagnement, des parrains/marraines ou des experts permettant de répondre aux besoins de chacune. Nous développons également des facilités d’hébergement de société dans nos locaux pour 150 euros par mois. D’ailleurs, deux bureaux sont actuellement libres ! Enfin, nous organisons des formations et des échanges entre Pionnières, et ce afin d’étendre le réseau. »

Avez-vous des partenariats exclusifs avec des sociétés annexes du type banques ou agences de communication ?

« Rhône-Alpes Pionnières n’a pas de partenaire exclusif, mais nous sommes au cœur d’un écosystème très riche. J’aime à penser que nous avons dans notre réseau un expert pour chaque demande. »

Toutes les entreprises que vous aidez ont-elle percé ?

« Nous n’avons pas encore assez de recul sur notre antenne pour nous prononcer, bien qu’aucune entreprise que nous avons soutenue depuis trois ans n’ait coulé. Mais, pour se faire une idée, au niveau national, le taux de pérennité des entreprises assistées par Pionnières est de l’ordre de 90 % pour les sociétés de plus de trois ans. »

Mis à part ces succès, comment décririez-vous l’entrepreneuriat féminin au 21ème siècle ?

« L’entrepreneuriat féminin reste ultra minoritaire. Les décideurs n’ont pas encore perçu le levier économique que peuvent représenter les femmes. Je ne constate malheureusement pas non plus chez ces dernières d’évolution dans leur discours. Les femmes manquent cruellement de culot. J’ai vu de nombreux projets bien ficelés ne pas passer la porte de la Chambre de Commerce et d’Industrie… Alors que les hommes osent. C’est pourquoi, l’association propose des ateliers ‘Osez être phénoménale !’ ou ‘Comment ne pas se faire déstabiliser’. »

Que faire pour remédier à cette situation ?

« Il faut revoir l’éducation. Il peut également être intéressant de donner des cours mixtes sur l’entrepreneuriat dès le collège, revoir les livres pour enfant, interdire les publicités sexistes, augmenter le nombre d’experts féminins dans les médias. Il est nécessaire de changer l’image de l’entrepreneuriat d’une part, et de valoriser celle de la femme dans ce domaine d’autre part. »

Au niveau des structures d’accompagnement, n’y a-t-il rien à revoir ?

« Il existe un Fond de Garantie à l’Initiative des Femmes, le ‘FGIF’, tenu par l’Etat, et de nombreuses associations font bien leur travail. Toutefois le réseau associatif est très inégalement équipé : Lyon se porte mieux que Grenoble ou Chambéry, par exemple… Outre le développement des équipements, j’imagine des grandes actions collectives pour faire pression sur les politiques, et ainsi mettre les femmes en lumière. Ensuite, celles qui accèdent à des postes importants ont la responsabilité d’entraîner d’autres femmes avec elles, de leur expliquer pourquoi et comment elles ont réussi ! »