Actualités
10 juin 2016

Delphine Delord | Communication & pédagogie : le duo gagnant

Delphine_Delord_(c)EricBaccega2

Directrice communication et éducation du Zoo de Beauval, Vice-présidente de l’association Beauval Nature, Delphine Delord est une femme engagée qui mène un vrai combat au sein de cette structure familiale pour la protection des espèces animales et végétales. C’est avec enthousiasme qu’elle a accepté le rôle de Marraine de cette 2ème édition des Trophées « Les Femmes de l’économie » Centre-Val de Loire. Retour sur son parcours exemplaire.

  • Pourriez-vous nous retracer les grandes étapes de votre parcours professionnel et votre histoire au sein du ZooParc de Beauval ?

Le ZooParc de Beauval est une histoire de famille. Créé en 1980 par ma mère, qui en est la Présidente, j’ai pour ma part rejoint la société en 1991, après avoir terminé mes études de commerce et obtenu une licence en biologie. Venue au départ donner un coup de main sur la communication et la pédagogie, il y avait tellement de choses passionnantes à développer que je suis restée pour y mener ma carrière ! J’ai tout d’abord commencé à mettre en place une pédagogie à destination des enfants, afin de les sensibiliser sur les questions de la biodiversité, la protection des espèces et de la nature. A l’époque où j’ai commencé à parler de ces sujets, le grand public n’était pas encore conscient que des espèces animales étaient en train de disparaître et que c’était une véritable catastrophe pour la nature. C’était vraiment quelque chose de novateur que j’avais à cœur de partager et il était important d’en faire la communication.

Je suis arrivée à Beauval au même moment que les tigres blancs, qui ont été un vrai point de départ pour le parc. S’en est suivie une expansion du zoo qui n’a cessé depuis de s’étendre. De fil en aiguille, mon poste a également pris de l’ampleur et une équipe pédagogique s’est au fur et à mesure mise en place, ainsi qu’une équipe communication. Nous accueillons aujourd’hui plus de 10 000 scolaires par an en classe pédagogique. Tout le volet communication s’est énormément étoffé avec différents médias – affichage principalement, mais aussi des médias traditionnels comme le prospectus – puis l’arrivée des pubs TV et radio. Nous avons également beaucoup de relations presse, avec de nombreux tournages d’émissions de télévision.

  • Comment vous est venu cet engagement pour l’environnement et la protection animale ?

Cet engagement a toujours fait partie de l’ADN de notre famille, on a toujours eu ce sentiment d’urgence, ce besoin de participer et de faire quelque chose. Très jeune, à mon entrée au zoo, j’avais à cœur de parler au public : je pense d’ailleurs qu’il s’agit là de l’un des premiers rôles d’un parc zoologique. Nous avons un public très large avec plus d’un million de visiteurs par an à Beauval. En France, les parcs zoologiques reçoivent 20 millions de visiteurs et 800 millions à travers le monde. On s’adresse à une audience énorme et nous avons un vrai levier d’action sur ce public.

Depuis 30 ans, nous participons avec nos propres moyens et avons un  engagement total dans la protection animale et de la biodiversité. En 2009, nous avons fondé notre association, Beauval Nature, qui finance des programmes de conservation à l’étranger : Afrique, Amérique du Sud, Asie, Indonésie… Nous en avons nous-mêmes créé, notamment à Djibouti où nous avons développé toute une série de programmes de protection et d’éco-tourisme. Ces différents programmes prennent en compte aussi bien la protection de l’environnement que l’accompagnement et l’éducation des populations locales.

  • Quel constat faites-vous de la mixité dans votre environnement professionnel ?

Nous avons une belle mixité au sein de Beauval, à tous les niveaux de la hiérarchie. Il y a 30 ans, le métier de soigneur était perçu comme un métier d’homme, aujourd’hui les choses ont beaucoup évolué. Cela est dû à notre regard sur le métier mais aussi à notre vision des compétences féminines. Nos équipes sont très mixtes, mais nous avons aussi des équipes entièrement féminines, celles dédiées aux koalas et aux pandas par exemple.

On peut de cette façon intégrer les atouts de chaque sexe, les femmes ne vont pas apporter les mêmes qualités au travail que les hommes.. Il est essentiel que le monde professionnel se féminise et non pas que l’on adapte les femmes à un univers masculin. Il n’y a aucune raison pour que les femmes deviennent de façon caricaturée combatives et agressives, car on peut très bien féminiser le monde professionnel avec plus d’empathie et d’attention aux autres.

  • Les réseaux permettent de nouer de nouvelles relations professionnelles, mais également d’être accompagnée. Faites-vous partie de réseaux ? Pourquoi ?

Je ne fais pas partie de réseaux, peut-être car je n’en ai jamais réellement éprouvé le besoin. Cependant, je trouve cela rafraichissant et ressourçant. J’ai conscience de l’importance de parler avec des pairs, avec d’autres femmes qui peuvent vivre des choses similaires ou au contraire, des expériences différentes dans leur milieu professionnel. Les réseaux sont sans doute quelque chose d’indispensable, d’autant plus pour les femmes, qui ont besoin de parler pour résoudre leurs problèmes. C’est inhérent à notre façon d’être. Les hommes, eux, vont plutôt se renfermer pour résoudre leurs problèmes et trouver une solution. Les femmes, en revanche, vont avoir tendance à partager avec leurs pairs pour trouver une solution et pour cela, elles ont besoin de parler : d’ailleurs la réponse est souvent dans la parole qu’elles vont elles-mêmes poser ! Elles vont aller chercher dans les réseaux non pas des opportunités de carrières, mais des moyens d’accompagner les autres et de leur être utile, des échanges, des voies nouvelles ou des confirmations de leurs choix.

  • En tant que femme, quelles valeurs et compétences vous ont semblé essentielles dans la réussite de vos projets ?

Je trouve que l’empathie envers mes collaborateurs est une valeur essentielle, les valeurs humaines sont vraiment primordiales. On travaille mieux lorsque les gens sont heureux, reconnus et écoutés. L’humour m’est d’un grand secours et je ne peux pas travailler avec une équipe qui ne rit pas et avant tout d’elle-même… L’auto-dérision et le recul sur soi-même me paraissent des qualités, en tous les cas, des traits de caractère primordiaux. La loyauté est également une valeur très importante à mes yeux, cette capacité à suivre quelqu’un aussi bien amicalement que professionnellement. Enfin, la transparence ! Je déteste le mensonge et la fourberie. On peut toujours se tromper ou ne pas savoir faire mais il faut savoir le dire et reconnaître ses erreurs.

  • En tant que Marraine de l’édition Centre-Val de Loire édition 2016 des Trophées des « Femmes de l’économie », quel message souhaiteriez-vous transmettre à nos candidates ?

Vivez vos rêves ! N’ayez pas peur ! On est tous capable de mener de grands projets. Pour citer Churchill : « Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté. »

Il faut savoir proposer autre chose, être disruptive et casser les codes car on a beaucoup à apporter au monde professionnel en tant que femme ! On a tendance à adapter nos sociétés et nos modes de fonctionnement à un monde masculin. Il temps de faire les choses autrement. Il faut aussi que, de leur côté, les entreprises soient prêtes à laisser de la place aux femmes. Si elles ne le font pas, à nous de prendre le pouvoir ! Go for it !