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13 décembre 2016

Une femme sur la route de la soie – Episode 4

Découvrez la suite des aventures de Christine Bernabeu, ambassadrice de notre association, les Femmes de l’économie – Le Club, en Centre Val de Loire, partie sur la route de la soie afin d’explorer la place de la femme dans l’innovation et du rôle que joue l’eau pour cette dernière. Si vous avez raté l’épisode précédent, c’est par ici.

Un événement innovant, efficace même sans subvention…

Aujourd’hui j’ai envie de vous parler de la Lettonie. Certains vont me dire : mais la Lettonie n’est pas sur l’itinéraire de la route de la soie ! Et bien à ceux-là je dirai, « En êtes-vous bien sûr ?».

Au musée de Urumqi,  capitale du Xinjiang, en Chine dorment pour l’éternité, des momies de 4 000 ans, découvertes dans le bassin du Tarim. Entourée de chaînes de montagnes, couverte pour plus de la moitié de sa superficie par le désert du Taklamakan, cette mer de la mort, a accueilli la civilisation Tokharienne. Et les momies seraient leurs ancêtres.

Mais d’où viennent-elles ?

Momie

Elles ont des caractéristiques génétiques de type européen, et leur style vestimentaire le tartan nous orienterait vers la civilisation celte. Leur langue se rapprocherait du germanique alors que, du point de vue morphologique, ils s’apparenteraient à l’italo-celtique.

Mais dès que je leur ai été présentée, j’ai eu la conviction que le groupe initial des Tokhariens serait Macro-Baltes, et je peux le prouver. La plus belle des momies a les mêmes chaussettes lettones que moi.

Nous pouvons convenir qu’il y a 4000 ans, un groupe d’hommes et de femmes appartenant au groupe des Macro-Baltes ont ouvert la route vers l’est, cette route là-même que l’on nommera la route de la soie.

Connaissez-vous les Lives ? Ceux sont l’un des peuples les plus anciens d’Europe. 3000 ans avant J.-C, Ils vivaient où selon vous ? Oui c’est ça, en Lettonie.

Si vous avez lu mon livre Une transcontinentale, une femme et l’eau, vous savez que j’ai découvert en mars 2013 la Lettonie et en particulier la région de la Courlande. Et cette année avec la route de la soie  en plein désert du Taklamakan, je vois devant moi l’ancêtre Live, la momie. Aussitôt, je revois les paysages curoniens, je pense à mes amis et à leurs chaussettes. Savez-vous qu’il existe encore des Lives en Courlande ?

Chaussettes Lives

Un extrait de mon livre au chapitre réservé à ce merveilleux pays, la Lettonie:

«  Je ne vous ferai pas de cours de géographie, mais sachez que c’est un plat pays, qui a su préserver son environnement, ses rivières, ses forêts, ses lacs, ses champs. Tout est magnifique de virginité. Les paysages sont des fresques de légende. Mais ça les enfants le savent, ils connaissent bien mieux que nous la légende du Duché de Courlande, en Letton du KURZEME. Les paysages Curoniens encouragent à la poésie, ce n’est pas étonnant que ce peuple soit le peuple poète. C’est une destination qui plaira aux photographes, aux enfants pour l’imaginaire, aux amoureux de la nature authentique. Cette nature est prête à livrer ses secrets de santé, et de bien-être. Pour chacun d’entre nous c’est aussi la possibilité de connaître une autre philosophie.

La ville d’Alsunga est la seule communauté catholique dans ce pays Luthérien. Et ce sont les femmes qui dirigent et qui ont toujours dirigé la résistance contre l’occupation étrangère. Elles ont un secret. Elles ont le savoir de la nature de l’homme, de la nature tout court, qu’aujourd’hui elles peuvent enfin partager. Elles chantent, ne vous déplaise. Mais que chantent-elles qui aie autant de pouvoir? Le mot n’est pas assez fort, un pouvoir, qu’elles se transmettent de mère en fille, et ce depuis au moins mille ans. Nous aurions pu, depuis bien longtemps, être témoins de cette force étrange et la partager s’il n’avait pas été là, ce mur terrible.

Ces chants qui ont tellement de pouvoir sur les hommes sont les dainas des chansons lyriques provenant d’une très ancienne tradition orale. Les dainas sont des poèmes qui ressemblent à ceux d’Esope, ou encore à ceux de Jean de la Fontaine. Ils associent la nature, la culture, la morale. Plus qu’un outil pédagogique, c’est un art de vivre, un art de bien-être, l’art d’être Lettons.

Le 23 août 1 989 que s’est-il passé? La Lettonie a revendiqué son indépendance à l’URSS. Des journalistes ont connaissance du projet soviétique de construction d’un barrage et d’un canal qui devait couper les méandres du fleuve, la Daugava, pour le rendre plus accessible à la navigation commerciale. C’était inacceptable pour les Lettons. Toucher à la Daugava? C’était impossible.Voilà bien la preuve que la philosophie lettonne contraste avec l’éthique occidentale moderne qui est « l’obsession de dominer la nature et de dominer les autres ».

La Daugava

Toucher au fleuve, au dernier rempart de l’identité de tout un peuple, c’en était trop. La liberté, l’indépendance, la révolution s’imposait, mais en chantant.

Une double chaîne humaine traversa les trois pays baltes. (De Vilnius à Tallin en passant par Riga),sur six cents Km, des hommes, des femmes, des enfants, en train, en bateau, en voiture, en camion, à vélo, à pied, par le métro, tous étaient au rendez-vous et d’une seule voix, ils chantèrent la liberté. Que croyez-vous que le Soviétique fit? Il partit…

La Daugava se nomme le fleuve, destin Letton.

Les Lettons sont un peuple non violent, qui n’a aucune rancœur, ni vengeance, qui regarde le passé et qui le comprend, qui le fête en pleurant, mais qui le fête.

Les Lettons sont le peuple poète d’Europe, pour l’amour qu’il porte à ses dainas. Aucune fête ne se passe sans que l’on entonne des chansons. En me rendant à Alsunga, je suis reçue par la chorale des Suitu sievas. Je ne savais pas que le 1er octobre 2009, la culture Suiti avait été inscrite sur la liste de l’UNESCO, au titre d’héritage culturel immatériel à préserver dans l’urgence.

Suiti au bord de la rivière

La voiture s’arrête, nous sommes enfin arrivés. Ma première rencontre officielle est pour Monsieur le curé, Andris.

Le lendemain matin, je retrouve à la messe, les membres du groupe des Suitu sievas. Je ne peux pas effacer de ma mémoire, ce que m’a dit Ilga, «la communauté ne s’impose pas, elle se vit et on n’aime que ce (ceux) que l’on connaît». Dans leur costume, elles donnent de la voix.

Ce sont des femmes d’exception, de générosité, de conviction, de forces, d’amour pour leur terre, pour leur région le Kurzeme, pour leur pain, leur cuisine, leur tissu, leur costume et finalement pour l’autre.

«La tradition ne s’impose pas, elle se vit, elle se transmet. Nous vivons grâce à nos racines, comme nos arbres. Il ne s’agit pas de nostalgie, mais de perpétuer les richesses de notre histoire, de notre patrimoine culturel. Nous ne voulons pas perdre, effacer ce que nous sommes.

Nous sommes fières de ce que nous sommes, nous n’envions personne parce que nous savons qui nous sommes».

La tête pleine de chansons, le coeur gros, les bras chargés du pain, il me faut les quitter. J’ai encore tellement de karpet (pourquoi, en letton). Je quitte l’atelier, c’est alors que derrière moi j’entends « Christine ATA ». Ilga m’a suivie et sur le seuil avant de fermer la porte derrière moi, elle me dit ATA. Je l’avais entendu tellement de fois entre eux ce mot magique. Un petit mot sans importance, qui à ce moment-là précis, est plein d’affections, d’émotions. Je sais alors qu’entre elles et moi le lien est créé. Je pars pour Saint Saint-Pétersbourg. Elle referme la porte du temple où l’un des plus beaux trésors de l’humanité repose entre les mains des Suiti. Je n’ai vécu avec elles que 72 heures, mais c’était suffisant pour recevoir le message qu’elles souhaitaient que je rapporte en France. Je commence déjà à imaginer les Folkloriades, un événement, qui pourrait contribuer au rapprochement des peuples d’Europe.

Christine en Suitu

Mais au fait pourquoi ai-je décidé de vous parler de la Lettonie ?

Oui, c’est vrai qu’en 2013 je suis tombée sous le charme de ce pays, et de la Courlande en particulier. Alors depuis 2014 j’organise les Folkloriades en région Centre, soutenues par des entreprises, des mairies, des associations, et autres institutions, suivies par les médias nous recevons à Orléans, Chartres, Tours, Blois, et Bourges pendant 10 jours une délégation lettone. Notre ambition avec cet événement est de convaincre pendant ces 10 jours, les acteurs franco-lettons à des coopérations culturelles, économiques, et sociales. Et c’est à chaque fois une vraie réussite. Depuis des jeunes et des moins jeunes de la région ont tous les ans des amis en Lettonie qui les attendent. Cette année parce que la route de la soie m’a pris beaucoup de mon temps il ne devait y avoir de Folkloriades 2016. Quelle ne fut ma surprise et ma joie en recevant de Madame Martine Grivot adjointe au maire d’Orléans en charge des relations extérieures un mail m’annonçant que cette année il y aurait à Orléans un événement Letton.

Orléans

Alors je vous invite à découvrir cette exposition « clin d’oeil sur la Lettonie » du 6 au 18 décembre à l’hôtel Groslot. Et si vous voulez en savoir plus, allez sur le site hera-transcontinentale.com. Vous découvrirez le pays, et si vous en avez envie, nous serions heureux de vous compter parmi les partenaires, soutien, bénévoles pour les folkloriades 2017.