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23 janvier 2015

Contraintes et déni de légitimité : les difficultés des femmes dans certains métiers

 

Quelles sont les difficultés éprouvées par les femmes dans les métiers dits « d’hommes » ? Le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) explique ces contraintes dans un rapport intitulé « Femmes dans des ‘métiers d’hommes’ : entre contraintes et déni de légitimité ». Pour le club Campus des Femmes de l’Economie, Orientations revient sur les résultats tirés d’une enquête qualitative du Céreq et publiés en novembre 2014

Lorsqu’elles exercent des ‘métiers d’hommes’, les femmes font face à de « fortes résistances » au sein des entreprises, explique l’étude (*) publiée par le Céreq en novembre dernier. Les résultats de cette enquête, menée dans une grande entreprise française auprès d’une centaine de salariés, met en avant la « diversité des difficultés selon le métier exercé et le positionnement hiérarchique des femmes », rapporte le Céreq.

 

Les techniciennes de terrain face à un déni de légitimité

Confrontées au sexisme, à de nombreuses mises à l’épreuve, à un manque de confiance, aux blagues et autres discussions à connotation sexuelle, les techniciennes de terrain doivent faire face à « l’absence (…) de légitimité », commente le rapport. Elles sont obligées de s’adapter « aux stéréotypes, aux codes et aux valeurs d’un environnement masculin » et doivent « maîtriser une gestualité ‘masculine’ tout en démontrant leur appartenance à la catégorie femme », détaille le centre d’études. Un sexisme bienveillant, parfois, tout aussi difficile à gérer. Une technicienne explique :

« J’ai travaillé avec un collègue qui avait mon âge, et lui, ce n’est pas qu’il ne me faisait pas confiance mais il ne voulait pas que je me salisse les mains. Au contraire, il était très protecteur et du coup, en étant trop protecteur il ne me faisait pas travailler! Il trouvait que ce n’était pas ma place… ».

 

D’autres difficultés pour les cadres

Les femmes ayant des fonctions liées à l’encadrement font face à d’autres types de problèmes. Le rapport du Céreq explique que « les femmes éprouvent plus durement que les hommes la nécessité de s’inscrire dans une mobilité professionnelle et souvent géographique », et que, pour certains cadres, « la tension entre temps de travail et temps de vie professionnelle est forte ». Résultat : malgré une grande organisation, certaines d’entre-elles finissent par faire un burn-out à cause de « la surcharge de travail », « le poids des charges familiales », les « temps de transports importants »,… L’une d’entre-elles, ingénieure, mère de trois enfants, raconte, dans le rapport du Céreq : « Une heure et quart aller, une heure et quart retour… (…) Ma vie est chronométrée. Je n’ai pas de souplesse, mais si je veux bosser [le soir] chez moi, je bosse chez moi. Et sinon, le week-end aussi, ça m’arrive (…) Parce qu’en fait on travaille au résultat. (…) J’ai beaucoup trop de boulot et trop de stress. »

Le rapport conclut sur la nécessité « de parvenir à des accords sur l’égalité professionnelle qui soient réellement mis en œuvre. » Le centre d’études suggère donc que, pour ce faire, les entreprises veillent à « leur application sur le terrain, au plus près des collectifs de travail. »

 

* Ces analyses s’appuient sur les résultats d’une étude qualitative réalisée en France, en 2012, au sein d’une grande entreprise. Près d’une centaine d’entretiens semi-directifs ont été menés auprès de femmes et d’hommes, exerçant un métier technique, d’ingénierie ou d’encadrement. Les équilibres en termes d’âge, d’ancienneté dans l’entreprise, de région d’emploi ou encore de parcours professionnel ont été respectés. Les entretiens avaient pour but de décrire les modes d’accès des individus aux métiers, leur vécu lors de l’intégration dans les collectifs de travail et le ressenti sur leur déroulement de carrière.

 

Wally Bordas

 

Orientations