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26 novembre 2014

Recherche en droit : «Pas de distinction femmes-hommes au sein des universités françaises » selon Carole Aubert de Vincelles

AubertdeVincelles

 

Carole Aubert de Vincelles, professeure en droit privé à l’université de Cergy Pontoise et chercheuse en droit européen des obligations, des contrats et de la consommation, a répondu aux questions d’Orientations pour le Club Campus des Femmes de l’Economie. Elle évoque la parité femmes-hommes dans la recherche en droit et fait un parallèle avec les autres pays européens.

Vous êtes enseignante-chercheuse depuis plusieurs années en droit européen des obligations, des contrats et de la consommation. Exerce-t-on ce métier par vocation ?

On le fait par goût, pas par vocation. La recherche n’est pas quelque chose d’innée, cela se révèle au fil du temps. Chez certaines personnes, cette vocation arrive plus ou moins tard. Puis, pour arriver à exercer cette profession, cela demande beaucoup de sacrifices personnels car le chemin est long. Ceux qui y parviennent sont ceux qui ont eu une détermination absolue car l’on obtient rarement le statut de chercheur avant 30 ans.

D’après le Bulletin des statistiques de l’Unesco de décembre 2012, seuls 27% des chercheurs français sont des femmes. Comment l’expliquez-vous ?

Je pense qu’en fonction des disciplines, cela varie beaucoup. Statistiquement, en sciences dures, il y a plus d’hommes que de femmes. En sciences sociales, c’est probablement l’inverse. En tout cas, je ne pensais pas que le chiffre était aussi faible. Quand je me rends dans une université, je n’ai pas l’impression qu’il y ait autant d’hommes. Etant élue dans les instances universitaires, que ce soit en droit ou dans un autre domaine, je ne me suis jamais sentie en minorité et n’ai pas ressenti de différenciation de traitement.

Y-a-t-il beaucoup de chercheuses en droit ?

Oui. En sciences par exemple, il y a plus d’étudiants hommes que femmes, cela se confirme par la suite dans la recherche. Dans mon domaine, le droit, c’est vraiment différent. La difficulté pourrait être la vie de famille. On obtient le statut d’enseignant-chercheur à un âge avancé, entre 30 et 35 ans. Un âge où une femme a souvent envie d’avoir des enfants et une vie familiale. La société française est organisée de telle manière qu’elle permet aux femmes d’avoir cette vie familiale tout en travaillant de façon intense. Quelque chose que des pays comme l’Allemagne ou l’Italie n’ont pas.

Puis, il y a un autre élément qui fait la particularité de cette discipline. On peut devenir enseignant-chercheur par une voie parallèle : les concours nationaux d’agrégation. Ce concours ouvre une trentaine de places d’enseignant-chercheur tous les deux ans. Il a une particularité historique : il permet l’équilibre femmes-hommes. Statistiquement il y a une certaine parité, à la différence des autres concours qui existent. C’est ce qui permet aux femmes d’accéder plus rapidement à ce statut dans le domaine du droit.

Il existe donc une parité femmes-hommes dans la recherche en droit ?

J’ai le sentiment qu’il y a plus de femmes. Elles réussissent très bien, elles sont premières aux concours de manière assez régulière. En tout cas, je ne ressens absolument pas de distinction hommes-femmes au sein des universités françaises. C’est quelque chose de totalement inconnu dans mon domaine.

En revanche, j’ai l’occasion de travailler très souvent à l’étranger. Là, je le ressens différemment. Tout le monde s’étonne de voir des jeunes femmes arriver. En France, on peut devenir enseignant-chercheur assez jeune, à l’étranger, c’est un peu différent, et il y a très peu de femmes.  Lors des réunions internationales, il y a donc une majorité d’hommes, même si, souvent les assistants des enseignants-chercheurs étrangers sont des femmes.

Propos recueillis par Wally Bordas

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