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10 septembre 2015

La féminisation des Conseils d’administration

photo table ronde 

La cérémonie des Trophées des Femmes de l’économie Grand-Est, qui a eu lieu ce mardi 8 septembre dans la prestigieuse salle de l’Arsenal de Metz, a mis à l’honneur la loi Copé-Zimmermann, votée en 2011 donc l’objet est d’atteindre 40% de femmes dans les Conseils d’administration.

Cette loi pose une obligation de respecter un quota minimum de membres de chaque sexe afin d’assurer une représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des Conseils d’administration et de de surveillance des entreprises. Cette obligation s’applique aux sociétés cotées (SA ou Société en Commandite par Action) ainsi qu’aux ETI (les entreprises de 250 à 2000 salariés ayant un chiffre d’affaires de plus de 50 millions d’euros par an) qui devront, à partir de 2017, avoir 40% de femmes au sein de leurs conseils.

Pour en parler, Marie-Jo Zimmermann, députée de la 3ème circonscription de la Moselle et rapporteure de la proposition de loi, en personne, nous a fait l’honneur de sa présence en compagnie de Lucille Desjonquères, directrice générale de Leyders Associates et Valérie Raynaud, membre du directoire de la Caisse d’Epargne Lorraine Champagne Ardenne et marraine 2015 de la région Grand-Est.

Ces trois femmes, aux parcours exceptionnels, ont pu, en compagnie de notre animateur Thomas Benzazon, cofondateur de Widoobiz, expliquer les tenants et aboutissants de cette loi dont on parle trop peu et répondre aux nombreuses interrogations du public.

Marie-Jo Zimmermann est revenue sur les origines de cette loi en partant d’un constat très simple : une femme qui entre dans le monde de l’entreprise est vite déçue par le manque d’avancement professionnel qui s’offre à elle et en vient, souvent, à créer sa propre entreprise pour sortir de ce que l’on pourrait qualifier d’une « voie de garage ». Faire participer des femmes dans les Conseils d’administration, ces «  cœurs battants » de l’entreprise comme les qualifie Marie-Jo Zimmermann, leur permettre de prendre des décisions sur le long terme est le meilleur moyen de les intégrer dans la vie de l’entreprise. « Cette loi pose des questions dérangeantes. Les Conseils d’administration sont actuellement des clubs d’hommes. Un quota de 40% est murement réfléchi et permet d’apporter une diversité, un oxygène à ces conseils d’administration sans, pour autant, bloquer le système. »

 Valérie Raynaud a témoigné en expliquant que, durant toute sa carrière, on l’a poussé à aller plus loin, on est venu la chercher. Pourtant, passé un certain stade, elle s’est rendue compte qu’elle ne pouvait plus compter sur les sollicitations externes : « J’ai compris qu’il n’y aurait plus personne pour m’aider et que j’allais devoir me prendre en charge toute seule. Un des premiers conseils que j’aimerais donner à toutes ces femmes présentes aujourd’hui, c’est de ne jamais refuser un poste qu’on peut leur offrir, mais aussi de savoir créer l’occasion, savoir faire leur propre marketing. »

Lucille Desjonquères ajoute qu’avant même que cette loi n’entre réellement en application, elle a bousculé en tous les cas une profession, celle des chercheurs de tête. « Il faut que les entreprises anticipent 2017. Avec Leyders Associates, nous proposons aux ETI de leur trouver des femmes compétentes qui pourraient participer à ces conseils. En me penchant sur cette mission, j’ai découvert un vivier de talents féminins incroyable ! Il n’y a pas de raisons que cette transition ne se passe pas dans la tranquillité et elle apportera même, j’en suis sûre, une certaine émulation.»

Elle ajoute en regardant le public (composé en grande partie de chefs d’entreprises) : «  Cette loi n’est pas une punition mais un cadeau. La mixité est une richesse. » Alors comment faciliter cette transition ? En insistant sur la formation. «  On a l’impression, à l’heure actuelle, qu’un homme nait administrateur. Les femmes sont tout aussi aptes, il faut juste leur laisser une chance. »

Et Marie-Jo Zimmermann de conclure, en expliquant que la France est bien classée dans ce domaine et a inspiré de nombreux pays qui commencent, eux aussi, à légiférer. «  Il faut aller plus loin ! Cette loi ne peut se limiter essentiellement aux Conseils d’administration. Heureusement, les mentalités évoluent. »

 Une conférence dynamique qui a remis les choses au clair, bouleverse l’image que l’on peut avoir des Conseils d’administration et a pu, on l’espère, faire naitre des vocations.