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3 août 2015

« Ce qu’un homme peut faire, une femme peut le faire aussi ! » – Entretien avec Anne Boquet

Anne boquet

Haut fonctionnaire, ancienne haut-commissaire de la République en Polynésie française et ancienne préfète de la région Bourgogne, ancienne directrice générale des services (DGS) de la métropole Nice-Côte d’Azur, Anne Boquet a, depuis le début de sa carrière, évolué dans un milieu où les femmes sont loin d’être majoritaires. Nous avons donc souhaité partager avec elle son expérience de femme de l’action publique.

Les Femmes de l’économie : Quelles sont les principales qualités qu’une femme doit avoir pour s’imposer dans un milieu majoritairement masculin ?

Anne Boquet : Les femmes ont de solides atouts qu’elles doivent valoriser, sans complexe. Il va de soi qu’il leur faut être : compétentes, fortes mentalement et physiquement, aptes au changement et innovantes.

Ce qu’on attend plus spécifiquement d’une femme, me semble-t-il, c’est aussi d’être :

  • naturelle, directe, sincère. De rester femme, tout en prenant garde à son attitude.

Mesdames, on vous observe !

  • dans le dialogue, l’écoute, le respect .Tirer soi-même et les autres vers l’excellence.

Mesdames, un peu d’humanité !

  • dans l’équilibre et la maîtrise de soi. Savoir fixer et tenir le cap avec fermeté et pragmatisme.

Mesdames, gardons les pieds sur terre !

Les Femmes de l’économie : Pensez-vous que les mentalités ont changé à l’égard des femmes siégeant à des postes à haute responsabilité comme ceux que vous avez occupés au cours de votre carrière professionnelle ?

Anne Boquet : Nos sociétés vivent une mutation accélérée, ce qui constitue un contexte favorable à l’émancipation féminine. J’ai « vécu », en 30 ans de vie professionnelle, le changement des mentalités : chez les hommes mais surtout chez les femmes. Celles-ci ont pris conscience que tout était possible. Elles ont très largement démontré que « ce qu’un homme peut faire, une femme peut le faire aussi » et qu’en termes de compétences et d’autorité, elles sont à l’égal des hommes. Référez-vous, tout simplement, à la multiplicité des talents que constitue notre réseau des Femmes de l’économie : c’est impressionnant ! Chacun est acquis désormais à l’idée que la mixité est une des clés de la performance collective, que ce soit en politique, en affaires et dans toutes les composantes de la vie sociale. La question aujourd’hui est : jusqu’où iront les femmes ?

Les Femmes de l’économie : Vous nous avez confié que vous veniez tout juste d’être nommée inspectrice générale des finances à Bercy, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce tout nouveau poste ?

Anne Boquet : Il y a un temps pour tout ! Pendant des années, j’ai été « sur le terrain », dans l’action, dans l’opérationnalité. Mon quotidien était fait d’urgences, de situations de crise, de solutions à apporter. Je manageais des équipes dont je me sentais proche. J’ai beaucoup aimé cela, vraiment beaucoup. Aujourd’hui, à l’Inspection Générale des Finances, j’ai la volonté d’être pleinement utile autrement : apporter aux décideurs de l’action publique mon expérience du terrain, ma capacité de recul, ma perception des situations et des hommes. C’est en effet un tout autre métier que celui d’évaluer, d’auditer, de conseiller. Mais cela demande aussi de la sagesse, de la diplomatie, de l’écoute, du respect et du courage. La finalité reste la même : l’efficacité de l’action publique. On peut servir l’Etat de multiples façons !

Les Femmes de l’économie : En janvier dernier, vous avez été distinguée commandeur de la légion d’honneur : est-ce la plus belle des reconnaissances pour récompenser votre carrière professionnelle exemplaire ?

Anne Boquet : Bien sûr, je suis heureuse et fière de cette reconnaissance toute républicaine de mon engagement professionnel. Cette promotion au grade de commandeur dans l’ordre national de la Légion d’Honneur m’inspire de l’humilité et de la gratitude. La plus belle des récompenses, toutefois, pour moi, reste le regard des autres, de mes fils, de mes proches, de mes collaborateurs. Un patron, quel qu’il soit, même si ses capacités à anticiper et à décider doivent être bien réelles, réussit parce qu’il est bien entouré. Il s’appuie sur des équipes qu’il s’emploie à valoriser et solidariser autour d’un objectif commun. On ne réussit pas seul, ou rarement ! Je veux donc partager avec toutes celles et tous ceux qui m’ont accompagnée, tout au long de ces années, l’honneur qui m’est fait.