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20 mai 2016

Femme/Homme : marche arrière toute !

Billet militant.

Comme une impression diffuse, celle d’un retour en arrière dans les relations entre femmes et hommes !

Pourquoi ce sentiment ? Peut-être parce de plus en plus de jeunes femmes (jeunes de mon point de vue lié à mon âge, et qui ont donc entre 20 et 35 ans) semblent se comporter comme il y a 50 ans, ou tout au moins dont le discours le laisse à penser. Celle qui, par exemple, en pleine conférence sur la place des femmes dans les Conseils d’administration explique devoir assumer une journée professionnelle et une journée de mère : « Changez de mari ! » lui glisse une grande partie de l’audience.

Se comporter comme il y a 50 ans c’est admettre que les rôles dévolus à chacun-e au sein du couple vont dans le sens d’un mari qui se consacre principalement au travail la journée, et au sport le soir et le weekend – voire à la bière et aux potes, sinon il ne tiendrait pas le coup avec toutes ses responsabilités – et d’une épouse (ici les mots sont pratiques mais cela vaut bien évidemment pour les couples non mariés) qui tente de progresser dans une carrière mais doit dans le même temps rester une bonne mère, c’est-à-dire aussi une bonne femme de ménage, une bonne cuisinière, une bonne conteuse d’histoire avant de se coucher, une bonne infirmière pour la bobologie (des enfants comme du papa), etc.

Voici donc ce que deviendraient les petites filles de celles qui jetaient leur soutien-gorge en 1968, dont les filles furent les executive women du reaganisme et du thatchérisme triomphants (que l’on retrouve notamment dans « Combien ? » de Douglas Kennedy) ? Les propos, ou leur équivalent, de la jeune femme citée plus haut sont courants, y compris chez celles qui se prétendent féministes. Elles se battent pour voir leurs droits respectés dans l’entreprise, mais ces droits ne passent pas la porte de la maison : là elles n’ont plus que des devoirs.

Notons au passage cette étude de Willis Towers Watson* qui démontre que, hormis pour les profils commerciaux, femmes et hommes gagnent autant à contribution égale. Pour ma part, en tant que Conseil en recrutement depuis 15 ans, je ne vois pas de différence de salaire à l’embauche. Ceci ne signifie pas qu’il n’y a plus rien à faire pour que les lignes bougent mais qu’il ne faut pas non plus se tromper de combat, c’est le meilleur moyen de perdre toute crédibilité.

D’après une étude de Cadréo « une répondante sur deux avouait avoir été obligée de travailler pendant son congé maternité ». S’être sentie obligé ou avoir été contrainte ? « En France, plus d’une mère sur deux d’enfants de moins de huit ans s’est arrêtée de travailler après la naissance de ses enfants ou a réduit temporairement son temps de travail… Seuls 12 % des pères ont modifié leur temps d’activité… ». Ces chiffres sont fortement corrélés au niveau d’études des femmes et les raisons économiques de ces choix sont évidentes pour celles qui ont de petits salaires. Pour autant ceci ne remet pas en cause mon questionnement. Je pense qu’il serait intéressant de voir comment se répartit entre hommes et femmes la prise de jours de congés pour enfant malade. On parie ?

Les mentalités n’ont finalement pas évolué, ou si peu. Chassons le naturel et il revient au galop. Un naturel pas si naturel bien évidemment, mais des siècles de culture qui nous le font prendre comme tel. Il faut donc encore convaincre. Pour quoi faire ? Pour quoi en faire ?

Dans la plupart des médecines traditionnelles, qu’elles soient chinoise, tibétaine, andine, africaine, indienne, on considère qu’une maladie est le signe de déséquilibre(s). Est-il besoin d’expliquer en quoi notre société est malade ?

Qu’elle soigne donc ses déséquilibres, et celui des inégalités de traitement entre femmes et hommes, est certainement l’un des plus simples à régler car il ne nous engage que sur un peu de bonne volonté commune. Les bonnes volontés justement sont plus nombreuses que ce que l’on croit; il nous faut continuer à les rassembler pour que leur voix porte, ce qui laissera moins de place aux extrémismes de tous bords, féministes comme machistes.

Marc Low

Marc Low

Connect RH


*étude de Willis Towers Watson : Entreprises & Carrières n° 1280 du 15 mars 2016