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26 juin 2015

« Il faut replacer la valeur travail au cœur de notre économie »

 

Samuel Tual, Président du Directoire Actual

Samuel Tual, entrepreneur mayennais, homme de terrain à la tête d’un groupe d’agences d’emplois (Groupe Actual), président du MEDEF Mayenne, s’exprime avec force et conviction pour faire avancer le débat sur l’avenir de notre société et pour redonner de l’oxygène à un système étouffé par les contraintes. Ses idées et ses solutions positives sur le travail, partagées par bon nombre d’entrepreneurs, constituent une source d’inspiration qu’il nous livre aujourd’hui.

Partant d’un rappel historique du travail – l’essence même de l’Homme-, Samuel Tual analyse une situation française où « la première souffrance aujourd’hui est d’être privé d’emploi » et s’interroge sur le modèle de société que nous souhaitons transmettre à nos enfants. Pour lui, le Bonheur ne se construit pas en dehors du travail !

Ni économiste, ni politique, mais acteur économique avisé, Samuel Tual s’est accordé une prise de parole très libre avec « Le Travail pour tous »*, un ouvrage de 190 pages riche de réflexions et de propositions pour réformer, de façon humaniste, tout un système français arrivé à bout de souffle. Avec 57% de taux de prélèvement obligatoire et une redistribution de l’Etat qui n’est plus aussi juste, avec un chômage structurel à hauteur de 9% qui ne changera pas même si la croissance reprend, il faut agir vite et s’engager, à tous niveaux de la société, dans un projet global de changement pour inverser la tendance et construire un avenir durable.

 

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Samuel Tual : C’était pour moi comme une évidence, une conviction profonde que je mûrissais déjà depuis plusieurs mois. J’ai commencé à écrire en août dernier et je crois que l’élément déclencheur a été la loi sur la pénibilité du travail, qui m’a littéralement exaspérée. Comment continuer à présenter le travail toujours sous un angle négatif ?

Tous les jours, dans mon métier de chef d’entreprise, dans l’approche que mes équipes ont du marché de l’emploi et de l’intégration de travailleurs dans le monde du travail, je mesure l’écart important entre le discours porté par les politiques et les médias et la réalité du terrain : les gens sont attachés à travailler et le fait d’être privé d’un emploi est une vraie source de souffrance, non seulement économique mais également sociale. Cela crée une vraie fracture dans la société française.

Cette approche négative du travail, cette différence de perception, mais aussi, ma qualité d’entrepreneur, ma qualité de père par ailleurs, font que je me sens responsable de l’avenir de tous les jeunes. C’est pour cette raison que j’ai souhaité partager mes réflexions sur ce thème du travail, convaincu que, si on ne traite pas le sujet de fond, c’est-à-dire, celui de la place que notre société souhaite donner au travail, les mesures prises ne serviront à rien. Pour moi, le bonheur ne peut être déconnecté du travail, tout comme il ne peut être déconnecté des sujets sur la Famille et sur l’avenir de la planète.

 

Comment réconcilier les jeunes et le travail ?

ST : Le taux de chômage des moins de 26 ans atteint 25%. C’est inacceptable pour eux, pour notre société et cela génère beaucoup de frustration et de désillusion. Cela engendre des comportements parfois radicaux, qui amènent à de la marginalisation ou aussi à la fuite de nos jeunes dans des pays étrangers. J’ai ainsi été interpellé par le titre d’un article paru dernièrement dans un grand titre de presse économique : « Les jeunes sont pessimistes pour la France et optimistes pour eux-mêmes »… s’ils évoluent en dehors de la France ! Il faut repenser tout le système en commençant par la formation et en offrant aux jeunes, à l’heure d’une société en 3.0 ou 4.0, des écosystèmes d’entreprises qui mettent en valeur le travail collaboratif associant nouvelles technologies de communication et un vrai relationnel fondé sur les valeurs humaines, l’expression, la capacité à créer et à innover…

Pour l’accueil des jeunes en entreprise, l’apprentissage est une excellente voie qui pourrait être étendue à tous les étudiants : effectuer sa dernière année d’études en apprentissage, associée à une rémunération constituerait une mesure utile pour s’acclimater à son futur environnement, tout en commençant à « gagner sa vie » avec son travail.

 

Quelle a été l’influence de la financiarisation de l’économie dans la relation au travail ?  

ST : La finance a beaucoup investi dans les entreprises… beaucoup trop ou mal investi ! Certes, elle est indispensable dans les économies. Mais elle est aujourd’hui devenue trop présente et a orienté les comportements de tous vers une dépréciation de la valeur travail. Il s’est créé un cercle vicieux qui a occulté la place de l’Homme dans les entreprises et a développé un management du court terme qui a stressé le système et les travailleurs. A contrario, dans les sociétés qui ont pu préserver leur capital avec des fonds privés, le sens donné au travail est totalement différent et la reconnaissance de la valeur ajoutée des travailleurs est restée forte et nourrit la performance globale.

La solution serait que chacun des acteurs ait une vision plus long terme de leur implication dans le monde économique : les salariés en travaillant un peu plus longtemps et en préparant leur retraite à partir des revenus de leur travail, les entreprises en définissant des projets pérennes qui placent les valeurs humanistes en leur cœur, et les investisseurs, en modifiant leur comportement vis-à-vis du monde de l’entreprise. La course à la croissance et à la consommation n’a plus de sens et n’est aucunement porteuse de bonheur pour notre société. Bien sûr, je ne prône pas du tout la décroissance mais je défends une croissance maîtrisée et juste pour tous. Je parie sur le fait que tout est possible et que tout doit être testé dans cette voie.

 

*LE TRAVAIL POUR TOUS, par Samuel Tual

LEDUC.S Editions, Collection Alisio