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4 décembre 2014

La Recherche a-t-elle un sexe ?

Le 28 novembre dernier lors de la journée des Trophées des Femmes de l’Economie, s’est tenue la table ronde La Recherche a-t-elle un sexe ?

L’occasion pour le nouveau réseau féminin du groupe IDECOM, Les Femmes de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, de prendre la parole autour de ce thème symbolique.

Conférence La recherche a-t-elle un sexe?

Avec 27% de chercheuses (et moins de 5% de chercheuses en physiques et mathématiques), la France est loin de la parité dans ce secteur. Avec la présence de Marie-Christine Oghly, Présidente d’EnginSoft France, Vice-Présidente FCEM, Vice-Présidente du pôle international du MEDEF, Alessandra Quadrelli, chargée de recherche au CNRS et titulaire de la Chaire de Développement Durable à CPE Lyon, des pistes de réflexion ont ainsi pu être lancées. et Nathalie Revol, chargée de recherche à l’INRIA et membre du Laboratoire de l’Informatique du Parallélisme (LIP) à l’ ENS Lyon.

 

Essayant d’éviter les clichés (le fameux plafond de verre), la table ronde a soulevé d’autres questions, et a mis en lumière d’autres causes moins connues avec des débuts de réponses.

 

La table ronde a débuté par un constat unanime : le manque crucial de modèles réels pour les jeunes filles et le poids d’un modèle centenaire : le double Prix Nobel de Marie Curie !

Pour les participantes, il est difficile de se projeter dans un métier masculin. C’est pourquoi Nathalie Revol explique avoir rejoint des associations telles que Femmes et Mathématiques. En se rendant dans les lycées, il s’agit de montrer aux jeunes filles que les sciences ne sont pas réservées aux hommes !

Car l’éducation perpétue malheureusement les clichés et les intervenantes ont toutes pointé du doigt la différence qui s’opère dès la naissance dans l’éducation des enfants et qui aboutit à une présélection inconsciente entre les filières scientifiques et d’autres plus littéraires et sociales.

Des principes éducatifs qui ont des répercussions sur les comportements aussi : autocensure, refus de se mettre en avant…, autant d’attitudes qui ont pour conséquence une masculinité de la recherche.

 

Pour Alessandra Quadrelli, s’il y a aussi peu de femmes dans le monde de la recherche c’est peut-être aussi parce qu’on demande de jouer avec des règles du jeu dans lesquelles certaines d’entre elles ne se reconnaissent pas. Il s’agirait probablement dans ces cas d’un choix délibéré, et non nécessairement d’un manque de confiance en soi ou d’ambition ; une explication qui a aussi été soulevée par un article du Guardian. En sus du besoin pour des modèles « role model », d’actions proactives pour inciter la participation de jeunes filles, l’identification et l’éradication des pratiques ouvertement discriminatoires, il faudrait donc qu’un changement s’opère sur les modalités mêmes de l’exercice.

Un changement que Marie-Christine Oghly qualifie de nécessaire aussi au sein même de l’entreprise – où il y a seulement 22% de chercheuses – et qui n’envisage pas encore de faire rimer productivité et compétitivité avec flexibilité et ce qui, de fait, prive les haut potentiels féminins de certains postes.

Ainsi, la recherche, et la recherche scientifique encore plus spécifiquement, semble avoir été un territoire masculin jusqu’à présent car elle est l’aboutissement d’un processus de sélection qui jusqu’alors valorise les hommes.

 

Changer cet état de fait suppose une remise en question des principes éducatifs et des pratiques professionnelles. Un changement de paradigme qui demande en quelque sorte de remettre à plat un projet de société. Ces changements majeurs seront possibles notamment par l’action de réseaux tels que Les Femmes de l’Enseignement et de la Recherche qui regroupe des femmes et des hommes concernés par plus d’équilibre.