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9 février 2016

Marie-Louise Paris : pionnière dans l’ingénierie au féminin

 

Marie-Louise PARIS, Fondatrice de l'EPFMarie-Louise Paris (1889-1969), est la fille aînée d’une famille de six enfants. Son frère René, qui la suit immédiatement, la secondera dans son désir de fonder une école polytechnique pour les filles.

C’est peu après le décès de son père que Marie-Louise Paris, qui a déjà plus de trente ans, décide d’entreprendre des études supérieures. En 1921, Marie-Louise et sa sœur cadette ont déjà accompli un parcours hors du commun pour des jeunes femmes pour cette époque. Diplômées de chez Sudria cette année-là, elles s’inscrivent à l’Institut de Grenoble. Là, compte tenu de leur parcours antérieur, leur formation ne va durer qu’un an. Elles font donc partie des 4 jeunes femmes, sur quelque 605 étudiants, qui sortent de l’Institut de Grenoble en 1922.

Diplôme en poche, Marie-Louise commence aussitôt à travailler comme ingénieure. Elle s’occupe notamment de la mise en place du service de signalisation de la gare de Laon. Les souvenirs de cette époque permettent de la décrire comme passionnée et débordante de vie et d’activité.

Assez rapidement, l’idée de mettre sur pied une école supérieure pour les filles fait son chemin dans l’esprit de Marie-Louise Paris, pour au moins deux raisons : elle a la vocation de l’enseignement, et elle sait, pour l’avoir vécu, combien il est difficile pour les filles de se former dans une école de garçons. De cela, elle témoignera à plusieurs reprises au cours des années ultérieures : « Nous étions deux jeunes filles parmi douze cents garçons surpris de notre hardiesse, souvent goguenards, presque toujours condescendants. Pour nous maintenir au niveau des meilleurs, il fallait produire le même effort que les autres… et quelque chose de plus. Imaginez le contraire : deux garçons perdus parmi douze cents jeunes filles, appelés à fournir un travail intellectuel intense dans une âpre, une impitoyable compétition. »

Les débuts de l’Institut électromécanique féminin

Nous sommes en 1925. Marie-Louise Paris écrit au directeur du CNAM pour lui demander d’abriter son Institut quelques matinées par semaine : « À la rigueur je ferai une partie des cours au conservatoire et l’autre partie à la Sorbonne, écrit-elle. J’accepterai toutes les combinaisons quelles que soient les difficultés… Je ne demande qu’une chose : commencer à exister

Un mois plus tard, le Conseil d’administration du CNAM reconnait l’intérêt que présente ce nouvel enseignement féminin et accepte d’héberger temporairement l’Institut. Le 4 novembre 1925, l’Institut électromécanique féminin accueille ses premières étudiantes dans les locaux du CNAM.

En 1933, l’Institut électromécanique féminin prend le nom d’École polytechnique féminine. La formation passe à trois ans et intègre désormais une formation en aéronautique. De fait, l’École s’oriente vers un enseignement polytechnique.

 

La formation en aéronautique, une tradition qui remonte aux années 30

Marie-Louise Paris est en effet enthousiasmée par les exploits des aviatrices de l’époque. Maryse Bastié, qui devait traverser seule l’Atlantique Sud en 1936, et Hélène Boucher, qui était la détentrice du record du monde sur mille kilomètres pour avions légers avant de trouver la mort en essayant le Caudron « Rafale » en 1934, seront d’ailleurs toutes deux marraines de promotions EPF, la seconde à titre posthume, en 1938, la première en 1945.

La passion de Marie-Louise Paris est telle qu’elle la fait partager à ses étudiantes et entreprend de concrétiser avec elles un prototype d’avion de tourisme. Si bien qu’en 1936, la maquette est exposée au salon de l’aviation. Après des essais en soufflerie concluants, Marie-Louise Paris devient la première femme ingénieure française à concevoir un prototype et à se lancer dans la construction d’un avion. C’est le « Paris-France » qui ne sera malheureusement pas construit à cause de la guerre.

Le "Paris-france", maquette d'avion de tourisme conçu par Marie-Louise Paris

Mais la passion pour l’aéronautique est née et continuera de marquer les ingénieures EPF de toutes les générations. La première femme pilote de ligne européenne, Jacqueline Dubut, est d’ailleurs une EPF.

1938 est une année importante pour l’École : elle est habilitée à délivrer le Diplôme d’Ingénieur par la Commission des Titres d’Ingénieurs, commission créée en 1934. A compter de 1943, l’École est reconnue par l’État.

Parallèlement, les ingénieures EPF sont de plus en plus appréciées dans le monde du travail. Certaines se distinguent, comme Christiane Gilet, de la promotion 1955, qui travaille au bureau des expéditions polaires dirigées par Paul Émile Victor et fait partie d’expéditions au Groenland. En 1958, Geneviève Vinas-Espin est recrutée par le service français de l’OTAN, à titre de Research associate, afin de participer à la mise au point d’une soufflerie hypersonique ainsi qu’à l’étude théorique de la rentrée dans l’atmosphère à l’université de Stanford (Californie).

 

Électronique et informatique, la révolution des années 60

L’EPF connaît alors sa troisième révolution : après l’électromécanique dans les années 20, puis l’aéronautique à la fin des années 30, c’est au tour de l’électronique et de l’informatique. Marie-Louise Paris sait en effet que la réputation de l’école tient en grande partie à ses enseignements de pointe que les grandes écoles d’État, plus lentes à réagir, n’offrent pas dans l’immédiat. Dès la fin des années 50, elle crée un cours de calcul matriciel, ancêtre de l’informatique, qui ne se donne dans aucune autre école. En septembre 1959, le passage de la formation EPF de trois à quatre années, lui fournit une autre occasion de développer de nouveaux cours. L’EPF est alors la seule institution à offrir un cours d’électronique impulsionnelle et un autre sur les systèmes asservis.

Reconnue Fondation d’intérêt public en 1991, notamment pour son rôle dans la formation des filles, l’EPF connaîtra son dernier bouleversement lors de son passage à la mixité en décembre 1993. La plupart des grandes écoles sont en effet mixtes. L’EPF n’a plus de raison de refuser des garçons. Grâce à son historique et son expérience, l’EPF reste néanmoins l’une des écoles où le taux de filles est le plus élevé : 40% contre 17% dans les autres écoles d’ingénieurs.

Marie-Louise Paris aura consacré toute son énergie pour que son école vive et s’épanouisse. Jusqu’à la fin, elle aura enseigné et animé ce qui fut l’œuvre de toute sa vie. Quand elle décède le 28 avril 1969, l’EPF est logée dans un cadre magnifique, son enseignement est à la pointe et ses promotions ne cessent de se développer.

Ecole Polytechnique Féminine